C'était un soir. J'étais couché et je dormais. Je sais que je n'étais pas dans un état de somnolence par connaissance vécue de cet état. Puis, soudainement, durant mon sommeil, je m'aperçois de face ( le buste ) en haut, à un coin du plafond, derrière moi me regardant dormir.

Le moi d'en haut, se sent compressé contre les deux murs adjacents et le plafond.

L'oppression de ma tête contre le plafond oblige celle-ci à se courber vers le bas et les épaules se courbent vers l'avant du tronc comme pour absorber la force de pression des deux murs contigus; bref : une impression d'être littéralement « coincé ».

Le moi d'en haut regarde le corps du moi d'en bas. Le moi d'en haut sait que le moi d'en bas le voit en haut. Le corps du moi d'en bas est couché sur le côté, les jambes repliées, dos contre le moi d'en haut.

Le moi d'en haut se sent en suspension, vraiment pressé contre ce coin du plafond.

En terme tactile, la position est physiquement désagréable et instable de par la nécessité de constamment combattre cette pression physique derrière la tête et les épaules.

À ma souvenance, je crois que le moi d'en haut ressentait un certain plaisir à cet état d'extériorité, de voir l'autre moi d'en bas, la perspective de la vision en plongée et la sensation de flottement et de légèreté.

Le moi d'en bas voit toujours le moi d'en haut tout en se disant : « Je sais que je dors. Je sais que le moi d'en haut me regarde dormir. Je sens mes yeux fermés et ne ressens pas le besoin de les ouvrir. Est-ce un rêve ? Non, parce que je sais que je dors. Je suis conscient de cette dynamique dialectique entre le moi d'en haut et le moi d'en bas qui se savent se regarder mutuellement. »

Le moi d'en bas est très conscient de ce qui se passe. Je ( l'auteur de ce texte ) me souviens très bien que l'état de conscience du moi d'en bas était celle de « la conscience éveillée » : très observatrice, critique et questionnante du phénomène qu'il vivait à cet instant présent. C'est très clair.

C'était le même état de conscience pour le moi d'en haut mais vécu sans aucun doute et questionnement sur la réalité de l'événement.

Cette activité narcissique de visualisation ( et non pas de voyeurisme puisque le moi d'en bas ne ressent aucun plaisir, quel qu'il soit, dans le fait de se voir en haut alors que le moi d'en haut ressent un plaisir tel que décrit ci-haut ) occupe la presque totalité de la durée de cette expérience.

Puis, soudainement, le moi d'en haut ressent, dans son esprit, une invitation à outrepasser les murs et à aller se promener à l'extérieur, en volant au-dessus de la ville. Le moi d'en haut est hésitant face à cette invitation car la crainte de ne plus pouvoir réintégrer son corps d'en bas le préoccupe : « Si je ne peux re-venir dans mon corps d'en bas, que vais-je faire dans la sensation d'être nul part et vivant; peur d'être perdu dans le sens d'être mort physiquement : je vais où ? je fais quoi ? ».

Après quelques « instants » d'hésitation et de crainte du moi d'en haut, le moi d'en bas ressent au sommet de son crâne, juste « un peu » en arrière, l'aspiration rapide et d'un seul coup ( l'impression d'une propulsion à l'envers et non pas inversée en terme de rapidité [ le mot « impulsion » est-il plus pertinent ? ] ) d'une « énergie fluidique » pénétrer dans sa tête. Au même moment, il ne voit plus le visage et les épaules du moi d'en haut.

C'est tout juste après l'impression de cette aspiration que le moi d'en bas se réveille ( sortir du sommeil « réel » ) tant la percussion de cette expérience est trop forte pour la « conscience éveillée » active dans le sommeil du moi d'en bas. Je me souviens très bien m'être dit à mon réveil : « Mais, qu'est-ce que c'est ça ? ».

Depuis ( j'avais 20-21 ans à cette époque ( 1967-1968 ) aujourd'hui, j'ai 57 ans ), comme le prouve ce texte, je n'ai jamais oublié cette expérience et je me questionne toujours sur la nature du « réel » de ce phénomène alors que mon questionnement à propos de la réalité est bien antérieure à cette expérience.

Aussi, depuis cette expérience, j'ai ressenti la certitude viscérale, intellectuelle ( ie.: la conscience éveillée ) et spirituelle que la mort de l'esprit n'existe pas de par la preuve vécue de mon esprit vivant hors de mon corps tout en sachant toutefois que mon corps aura peur de mourir.

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